Classé dans : Derrière ma feuille blanche | Mots-clefs: Madeleine de Proust, Mes yeux d'enfant, Syndrome de Peter Pan
La lecture de ce billet est déconseillée à tous ceux qui ont abandonné leur âme d’enfant sur le trottoir, jeté leurs photos de classe, tiré un trait sur leur « coupe au bol » et oublié de quelle fille ils étaient amoureux lors de leur rentrée au collège…

Ce soir, je repense à cet autre soir. Je me souviens, le lendemain c’était mercredi. Y’avait pas école. Alors le mardi, c’était un peu comme le vendredi aujourd’hui.
Je sortais de l’école primaire en courant. Ne vous méprenez pas, j’étais un gosse qui aimait l’école. A cette époque, j’avais une copine de classe ou plutôt une copine de sortie de classe. Nous l’appellerons Johanna puisque c’est son vrai prénom. Elle et moi avions un jeu. Sortir le plus vite de l’école. En y réfléchissant bien, c’est la seule période de ma vie où je faisais régulièrement du sport. Mon grand père m’attendait toujours au même endroit. Johanna habitait juste un peu plus loin. La Ford Fiesta de papi était la ligne d’arrivée. Je me revois encore en train de courir et de gagner cette course folle. On traversait le passage piéton à fond la caisse dès que le monsieur de la circulation nous faisait signe que c’était à nous. Des fois, on y allait même avant son signal. Depuis le CM2, les choses ont bien changé. Aujourd’hui, ce sont les filles qui ont une grosse longueur d’avance sur moi et c’est plutôt après elles que je cours.
Le mardi soir, j’allais toujours dormir chez grand-mère, c’était une tradition… à ceci près que cette tradition, je l’aimais vraiment. C’était toujours un grand moment. C’était « le film du mardi » ou le match de ligue des champions. Avant, ça s’appelait la coupe d’europe des clubs champions. Le générique, lui, n’a jamais changé et il fait toujours son petit effet quand je l’entends aujourd’hui. Je partageais ces moments-là avec mes grands parents. Le film du mardi soir, c’était plutôt avec grand-mère et le match de foot avec grand-père. Je me souviens encore de cette fameuse finale. C’était un mercredi. J’étais resté chez mes grands-parents pour partager ce moment-là avec eux. Je revois encore la scène : grand-père était sur sa chaise, grand-mère dans son fauteuil et moi, bien installé dans le canapé. Je tenais une sorte de carnet en notant le nombre de fautes, de cartons, de corners et d’autres statistiques très intéressantes. Sans oublier l’essentiel : le score et les buteurs. Coup de sifflet final. 1 à 0. But de Basile Boli sur corner. C’est lui qui a pleuré à la fin du match. Je crois même que moi aussi.
A cette époque, je regardais les programmes que proposait la télé mais attention… j’allais me coucher tôt. Je ne regardais jamais le film de deuxième partie de soirée, ni même le résumé des autres matchs. Grand-mère n’avait pas besoin de m’envoyer au lit, j’y allais tout seul. Le mercredi, c’était toujours facile de se lever. Aujourd’hui, je galère tous les jours de la semaine. Avant, j’arrivais à me réveiller sans réveil. Aujourd’hui, j’arrive à me rendormir avec. Tu dois bien avoir connu ça, non ? Après tu as cette sensation bizarre, cette impression que le réveil n’a pas sonné… alors tu vérifies. Oui, il était bien programmé. En plus, il sonne fort et longtemps… mais tu ne te souviens pas l’avoir éteint. Tu ne comprends pas ce qui a pu se passer. Ça n’est pas la première fois que ça t’arrive, tu es déjà en retard mais ça ne t’empêche pas de prendre le temps de réfléchir à toutes ces conneries.
Je me souviens avoir été très content le jour de mes dix ans, je sentais que j’avais franchi un palier. Quand on est enfant, on veut souvent jouer les grands. On voudrait faire plus vieux. Et quand on devient vieux, on voudrait faire plus jeune. C’est quand même très con la vie. A l’époque où je jouais aux légos, se lever tôt un mercredi matin n’était qu’une simple formalité. Y’avait une sacré carotte à la clé : le club Dorothée et surtout Dragon Ball Z (prononcer DBZ pour paraître dans le coup). Aujourd’hui, je me lève pour aller bosser et gagner ma vie. Tu parles d’une carotte à côté d’un dessin animé où les héros sont ressuscités grâce aux sept boules de cristal. Pour suivre les aventures de Sangoku et compagnie, je me levais à 8H15 (ce que je considérais alors comme très tôt) chaque mercredi, déjeunait avec mon Nesquik et m’installait dans le salon. Aujourd’hui, exit le Nesquik. Je ne peux pas démarrer une journée sans mon fix de caféine. Si tu déconnais le mercredi matin et que tu loupais DBZ, t’étais grillé à la récréation du jeudi. Entre deux courses sous le préau, les garçons parlaient de l’épisode de la veille. Moi, je ne courais pas beaucoup (je me réservais pour la sortie de classe) mais je parlais beaucoup de Vegeta. Aujourd’hui, je n’aime toujours pas courir, j’ai lâché TF1 pour Youtube, Erykah a remplacé Vegeta et c’est bien mieux comme ça.
Le dimanche, c’était grasse matinée. Je me levais à l’heure de Telefoot. Ma mère criait souvent à l’heure du déjeuner car je tardais à venir, bien trop occupé à jouer à Zelda. Quand je m’adressais à elle, je commençais très souvent par les deux mêmes mots : « j’arrive ». Ça aussi, ça a laissé quelques séquelles. Le dimanche, c’était aussi le feu de cheminée et les dessins animés de Philippe Dana. J’ai toujours eu un faible pour Gros Minet (sans doute mon côté loser). Malheureusement, Titi était plus malin. Plus tard, j’ai réalisé qu’on se foutait bien de nous dans les dessins animés. En vrai, les chats sont bien plus rusés que les oiseaux. Je sais de quoi je parle. J’en ai eu une bonne dizaine. Un seul a réussi à éviter tous les pièges tendus par les quelques enculés du quartier qui ne support(ai)ent pas la vue d’une boule de poils. Une seule chatte m’est restée fidèle toutes ces années. Elle avait l’allure d’une panthère. C’est d’ailleurs comme ça qu’on l’appelait le plus souvent même si en vrai, son nom, c’était chipie. La triste ironie, c’est que cette chipie est partie sans même me dire au revoir… pendant que je prenais mon envol à Paris et que je bouclais mon stage de fin d’études. Comme si le livre se refermait… définitivement. Sans même avoir pu lire la dernière page.
Aujourd’hui, quand je regarde un gosse, 9 fois sur 10, j’ai envie de l’étrangler. C’est sans doute le meilleur moyen de se rendre compte qu’on a grandi. Mon innocence s’est envolée. Même si j’ai conservé toute mon insouciance, je ne suis plus l’enfant qui souriait avec son sweat Snoopy sur la photo de classe, ni celui qui rêvait secrètement d’embrasser la plus jolie fille de l’école. Je ne regarde plus beaucoup les dessins animés sur Canal+ et je vais voir mamie moins souvent. Mamie a moins la forme aujourd’hui. Avant, elle frappait dans le ballon de foot et moi, j’imitais mon idole, Bernard Lama. Aujourd’hui, elle marche avec une canne et moi, je n’ai plus vraiment d’idole.
Ce soir, je me suis fait la même promesse que Régis Loisel et M. Kundal, ne pas oublier. Je ne sais pas si mon enfance sera aussi solide que celle de Dreyf mais je vais tenter par tous les moyens d’échapper au Grand Gourmand…
Extrait de Peter Pan, Londres, Tome 1, page 25
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Dreyf – Le Blues de Neverland
Écoute le blues de Neverland
Là où les rêves s’étendent
Là où l’envie de rester jeune ne s’ébranle
Non elle ne part pas car c’est un soldat mon enfance
Peter Pan sans gilet pare-balles
10 commentaires jusqu'à présent
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Je le redis là, mais c’est vraiment bien.
Commentaire par Rg Prod mars 16, 2009 @ 00:22J’aime cette naîveté dans la façon de raconter cette partie de ton enfance, qui doit parler à beaucoup de gens, moi compris…
Grand-mère, p’tit déj nesquik & tartine, club Dorothée ect… ah la nostalgie…
On a tous un peu de Peter Pan en nous (et aussi de Peter Parker, mais ça c’est autre chose)
:)
Marrant, on vient de passer une partie de la nuit sur le clip de ce morceau. J’savais pas que tu l’avais, d’ailleurs, on a même pas reçu les cds !
Commentaire par lzorecords mars 17, 2009 @ 13:35Bonne nouvelle pour le clip !
Tu devrais dormir la nuit car ça commence à te jouer des tours. Je te rappelle que j’ai posté un message promotionnel sur l’abcdr et que tu m’as même demandé comment l’album était arrivé à moi.
Commentaire par aircoba mars 17, 2009 @ 13:53:-)
Commentaire par Loula mars 17, 2009 @ 23:42moi c’était souvent Julien (dont j’étais amoureuse) ( mais pas toujours le même)
Commentaire par Bifidus inactif mars 17, 2009 @ 23:45C’est pratique les Julien, y’en a plein.
Bon billet en tout cas, moi aussi j’allais chez mamie les mardi soir, sauf qu’y avait pas de papi, et le mercredi mon grand trip c’etait starsky et hutch suivi de scoobi doo suivi de la sortie au parc, retour et gouter mortel. Rhaaaa. Enfoiré. Elle est morte fin 2007, depuis je revis ces moments plus que souvent, des fois au point de perdre le fil d’une conversation quand un detail me l’evoque (recemment, un morceau de herbie hanckock dont elle avait le 33t, pochette > piece du 33t > tiens je l’ai chez ma grand mere > ah bah non elle est morte je suis con. Snif.
Commentaire par lzorecords mars 19, 2009 @ 15:04[...] je vais quand même mettre un point d’honneur à mettre en ligne le papier-réponse à celui d’Aircoba et à boucler définitivement les chroniques de Métèque & Mat et Jusqu’à L’Amour [...]
Ping par Dernier shopping avant l’exil « Chimères de Famille mars 23, 2009 @ 10:17[...] puisqu’on y est, n’hésitez pas à aller lire ce billet du camarade Aircoba, plus ou moins inspiré par le morceau. 0 commentaire Pas de commentaire jusqu’à présent [...]
Ping par Blues de Neverland et loi de la jungle « Machine à écrire avril 29, 2009 @ 11:09encore !
Commentaire par theothermeorthemeinside mai 22, 2009 @ 20:45[...] le bout du tunnel, délaissant les rétroviseurs, la nostalgie en guise de chirurgie réparatrice pour des cicatrices qui ne bronzent pas au soleil. VULTURES AND TREES [...]
Ping par Vautours de Babel « Chimères de Famille juillet 31, 2009 @ 21:36