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Tous les philosophes de comptoir vous le diront, une première fois, c’est aussi une dernière fois. Pour le meilleur ou pour le pire. Premier amour, première relation, première rupture. Bonheur, plaisir, douleur : triptyque qui se savoure avec la touche repeat enfoncée. De par son unicité, il est très difficile de comparer une première fois. Est-elle pour autant surestimée ? Rien n’est moins sûr. Quoiqu’il en soit, la première fois conditionne les suivantes. Autant d’essais pour ressentir à nouveau l’excitation des premiers jours, ce sentiment de découverte et cette découverte des sentiments, la route est longue de la toute première à la première du moment. Depuis ce 28 juin 2008 et mon coup de foudre pour Erykah Badu, j’attends toujours. On a fait connaissance sur internet (il faut bien vivre avec son temps). Je ne connaissais que le son de sa voix. Bien sûr, j’avais quelques photos mais il y a toujours cette peur d’être déçu en vrai. Encore aujourd’hui, je préfère fermer les yeux pour mieux l’écouter. Quand j’ai enfin pu la rencontrer, ce fut encore mieux que je ne l’espérais. C’était à Paris au Palais des Congrès. Il était environ 22H. Depuis cette nuit, plus rien n’est pareil.

11 mai 2009. 19H30. Après avoir pris l’apéro à la régulière, dans un petit bar à tapas de la rue Yves Toudic, mon comparse et moi pénétrons l’Alhambra. Le concert de Calvin Harris affiche complet depuis plus d’un mois. C’est donc ce soir que ce sérieux candidat à l’élection du type le plus cool du monde (il suffit de lire ses messages sur son myspace ou son twitter si vous avez déjà un pied en 2010) fait escale à Paris. Un coup d’œil rapide au merchandising et c’est la première déception de la soirée. Visiblement, le marketing a eu raison du bon goût. La cible est clairement établie : le marché des ados moutons qui achètent tous le dernier haut moche (mais à la mode) de chez H&M. Au choix, t-shirt or fashion ou fashion argent.
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“Il y a urgence”, dit-il en se versant un autre verre. “Et pourtant, me voilà baignant dans une rivière de chattes.”
“C’est reparti”, pensa-t-elle, “encore une diatribe hédoniste aux relents de whisky sur ce putain de bon vieux temps… Sur nous autres, pauvres âmes nées trop tard pour voir les Stones ou sniffer la coke de luxe du Studio 54. On a raté presque tout ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue”.
Et le pire, c’est qu’elle était d’accord avec lui.
“Nous y voilà”, pensa-t-elle, “au bout du monde, aux limites de la civilisation occidentale, tellement prêts à tout pour ressentir quelque chose, n’importe quoi, qu’on se télescope les uns les autres et qu’on baise à tout va, en attendant la fin des temps.”
[Dialogue extrait du 6ème épisode de la première saison de Californication]
Certes, on est né trop tard pour voir les Stones, on ne mettra jamais les pieds au Studio 54 et la vie semble se réduire à une suite d’expériences ratées sous fond de débauche et de misère affective. Mais laisse-moi te raconter ça parce que ça vaut vraiment la peine d’être vécu.

